Un oignon, ça ne demande pas énormément de soins. Mais les soins qu'il demande, il les demande au bon moment. Rater l'arrosage au mauvais stade, négliger le désherbage deux semaines de trop, ou forcer sur l'azote quand le bulbe commence à grossir : voilà les erreurs qui coûtent en rendement sans qu'on comprenne forcément pourquoi.
Réponse directe : arrosez les oignons régulièrement en début de croissance (tous les 3 à 4 jours par temps sec), puis réduisez progressivement à partir du mois où les bulbes commencent à gonfler, et arrêtez complètement 3 à 4 semaines avant la récolte. Le désherbage, lui, s'impose toutes les semaines ou deux semaines dès la reprise.
Faut-il arroser les oignons régulièrement ?#
Oui, mais pas de la même manière selon le stade de croissance. C'est peut-être la règle la plus importante à retenir sur l'entretien des oignons.
En début de croissance (de la reprise après repiquage jusqu'à la formation du bulbe) : les oignons ont besoin d'humidité régulière. Les racines sont encore peu développées, les plants ne savent pas compenser une sécheresse. Par temps chaud et sec, arrosez tous les 3 à 4 jours. Par temps plus clément, une fois par semaine suffit souvent. L'objectif : que la terre reste fraîche en profondeur, pas détrempée.
Quand le bulbe commence à grossir : réduisez progressivement. À ce stade, la plante cherche à transférer ses réserves du feuillage vers le bulbe. Un arrosage excessif favorise la croissance du feuillage au détriment du bulbe, et surtout, une humidité trop forte autour du bulbe augmente le risque de maladies fongiques, notamment les pourritures du collet.
En fin de cycle (3 à 4 semaines avant récolte) : arrêtez d'arroser. La plante doit sécher naturellement pour que le collet se reserre et que les pelures externes durcissent. Un oignon récolté dans une terre encore humide ne se conservera pas bien.
Ça dépend toujours de la météo : si vous avez des pluies naturelles régulières, vous n'aurez peut-être pas besoin d'arroser du tout sur de longues périodes. Observez votre sol à 5 cm de profondeur : s'il est encore frais, n'arrosez pas.
TIP : Les oignons issus de semis (en mottes) sont plus sensibles à la sécheresse en début de croissance que les oignons issus de bulbilles. Soyez plus vigilant les 3 premières semaines après repiquage.
Quel engrais pour les oignons ?#
L'oignon n'est pas un légume très gourmand. Il ne réclame pas des apports massifs d'azote comme le poireau ou le céleri. Au contraire : trop d'azote en cours de saison favorise la croissance du feuillage au détriment du bulbe, et rend les plantes plus susceptibles à certaines maladies.
Avant la plantation : si votre sol n'est pas très riche, un apport de compost mûr incorporé à la préparation de la planche est suffisant. Pas de fumure fraîche : elle brûle les racines et favorise les champignons.
Pendant le semis et les premières semaines en plaque : c'est là que j'utilise du Fish Mix, un engrais liquide légèrement azoté d'origine organique. Les semis dans de petites alvéoles épuisent rapidement le peu de terreau disponible, et si on ne compense pas, les tiges jaunissent. Je l'ai appris à mes dépens : j'avais des semis qui tournaient au jaune-paille après trois semaines, sans comprendre pourquoi. Depuis que j'arrose avec du Fish Mix toutes les deux à trois semaines en phase de semis, ce problème a disparu.
Après repiquage, en pleine croissance : un ou deux apports d'engrais liquide équilibré, à faible dose, peuvent aider si le sol est pauvre. Mais si votre planche a été bien préparée, vous n'en avez probablement pas besoin.
À partir de juin-juillet : stop aux engrais azotés. La plante doit amorcer son cycle de transfert vers le bulbe. Un apport d'azote à ce stade retarderait la maturation et nuirait à la conservation.
Je n'ai jamais fait de comparatif sérieux entre un apport de Fish Mix seul et un engrais NPK équilibré sur toute la saison. Sans doute un jour ! Pour l'instant, ma pratique donne de bons résultats avec une préparation de planche correcte et le Fish Mix limité à la phase de semis.
Désherbage : pourquoi c'est si important ?#
Les alliacées en général, et les oignons en particulier, sont parmi les légumes les moins compétitifs face aux mauvaises herbes. Leurs feuilles fines ne font pas d'ombre, leur système racinaire superficiel ne monopolise pas l'espace en profondeur : la première adventice venue les domine.
Une planche d'oignons envahie de chiendent ou de mouron, c'est une plante qui perd dans deux domaines en même temps : la lumière et les nutriments du sol. Les rendements s'effondrent, et on finit par récolter des oignons de la taille d'une bille.
Ma routine : tous les 10 à 14 jours, je passe l'outil entre les rangs. C'est le gros avantage de planter en rangs droits avec un espacement régulier. Avec un bon outil à lame plate (le type "serfouette" ou "binette oscillante"), un passage dans le sens de la longueur puis dans le sens de la largeur prend moins de 10 minutes pour une planche de 4 rangs. La terre est ameublie, les jeunes adventices coupées au collet, et c'est terminé.
La clé, c'est d'intervenir tôt : des mauvaises herbes à 2 cm, ça se gère en deux minutes. Les mêmes à 15 cm, c'est un chantier, et certaines ont déjà commencé à monter en graine. Avec le travail et la famille, je ne peux pas être au jardin chaque jour, mais je me fixe comme règle de ne jamais laisser une planche d'oignons plus de deux semaines sans y passer.
TIP : Si vous avez planté des carottes en association avec vos oignons, le désherbage à l'outil devient beaucoup plus compliqué. Les jeunes carottes ressemblent à des herbes et s'arrachent facilement. C'est une des raisons pour lesquelles je préfère les cultures simples.
Faut-il butter les oignons ?#
Non, et c'est même contre-productif.
Le buttage consiste à ramener de la terre autour de la base de la plante pour la stabiliser ou favoriser la formation de racines adventives. C'est indispensable pour les poireaux, utile pour les pommes de terre, mais inutile voire nuisible pour les oignons.
Pourquoi ? Parce que le bulbe de l'oignon se développe au-dessus du niveau du sol, à la base du feuillage. Il pousse vers le haut, pas vers le bas. Butter un oignon reviendrait à recouvrir partiellement le bulbe en formation de terre humide, ce qui favoriserait les pourritures et empêcherait le séchage naturel des pelures externes.
Si vous voyez les bulbes sortir du sol en cours de saison, c'est normal. C'est exactement ce qu'ils doivent faire. Ne les recouvrez pas.
Durée de culture : combien de temps poussent les oignons ?#
Ça dépend de la variété, du mode de culture et du stade de récolte visé.
Depuis le semis :
- Variétés à jour court (oignons rouges, blancs, certains jaunâtres) : 85 à 110 jours
- Variétés à jour long (oignons de garde jaunes type 'Sturon', 'Jaune Paille des Vertus') : 100 à 175 jours
Depuis le repiquage : 60 à 80 jours pour atteindre la maturité de conservation.
Concrètement, si vous repitez en avril (climat semi-océanique), vos oignons de conservation sont prêts en juillet. Si vous êtes en en montagne avec un repiquage fin avril-début mai, comptez une récolte en août.
Ces durées sont des moyennes. En année sèche et chaude, les oignons peuvent mûrir deux à trois semaines plus tôt. En année fraîche et humide, le cycle s'allonge. Encore une fois : ça dépend toujours de la météo.
| Stade | Durée depuis semis | Durée depuis repiquage |
|---|---|---|
| Tiges vertes | 6-8 semaines | 3-5 semaines |
| Oignon frais | 10-14 semaines | 8-10 semaines |
| Oignon de conservation | 85-175 jours | 60-80 jours |
Le plus fiable reste d'observer la plante : quand les feuilles commencent à jaunir et à se coucher spontanément sur la majorité des plants, la récolte est proche. Pas besoin de calculatrice.
La rouille : en parler, même si ce n'est pas réjouissant#
Je ne vais pas faire semblant que l'entretien des oignons se résume à l'arrosage et au désherbage. Il y a un problème récurrent que beaucoup de jardiniers rencontrent, moi y compris : la rouille.
La rouille de l'oignon (Puccinia allii) se manifeste par des pustules orangées sur les feuilles. Elle arrive souvent en fin de saison, favorisée par les variations de température et les nuits fraîches après des journées chaudes. J'ai essayé plusieurs choses : purin de prêle, bicarbonate de soude dilué, quelques préparations commerciales. Rien de vraiment efficace selon mon expérience. La plante est pénalisée dans sa capacité à faire de la photosynthèse, les bulbes grossissent moins.
Ce que j'ai compris : la prévention vaut mieux que le traitement. Une planche bien aérée (espacement correct), pas d'excès d'humidité, des arrosages au pied plutôt que sur le feuillage. Et si ça arrive quand même... les bulbes restent comestibles, et c'est déjà ça.
N'hésitez pas à partager vos expériences sur la gestion de la rouille des alliacées : j'aurais très bien pu rater quelque chose dans mes essais.
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