Ce qu'il faut retenir
- Plantez à l'automne si possible : les résultats (taille des bulbes, conservation) sont nettement meilleurs qu'une plantation de printemps.
- En zone 2, préférez fin octobre. Plus on attend, plus le sol devient humide et difficile à travailler, surtout sur terre argileuse.
- N'utilisez que les gousses externes : les gousses internes sont trop petites pour donner un bon résultat.
- L'enherbement est le principal risque au quotidien : l'ail ne supporte pas la concurrence des mauvaises herbes.
- Si votre sol est humide, testez les billons pour éviter la pourriture blanche.
Automne ou printemps : quelle est la bonne période ?#
La réponse courte : à l'automne. La plantation de printemps, ça existe, mais c'est le plan B. Ce qu'on fait quand on a raté la fenêtre d'automne, pas par choix.
L'ail a besoin d'une période de froid pour former correctement ses bulbes : c'est la vernalisation. Sans cette exposition hivernale, les gousses ont du mal à se structurer en un bulbe bien développé. Résultat avec un ail de printemps : des bulbes plus petits, avec moins de gousses, une conservation souvent moins bonne.
C'est quelque chose que j'ai clairement observé dans mon jardin. Je plante du 'Rose de Lautrec', du 'Germidour' et du 'Thermidrome' depuis plusieurs années, toujours à l'automne, et les résultats en taille de bulbe sont sans comparaison avec mes tentatives de printemps.
Si vous avez raté l'automne, il existe des variétés adaptées au printemps. Le 'Thermidrome' est celui que je recommande dans ce cas : il supporte mieux l'absence de vernalisation que la plupart des autres variétés. Mais ne vous attendez pas aux mêmes rendements.
Quand planter l'ail d'automne selon sa région ?#
La fenêtre idéale varie selon le climat. L'objectif : que les gousses aient le temps de s'enraciner et de commencer à végéter avant les gelées sévères, sans pousser trop haut avant l'hiver.
Zone 1 — Océanique (Bretagne, Normandie, côte Atlantique) : fin octobre à mi-décembre
Zone 2 — Continental (Île-de-France, Grand Est, Bourgogne) : mi-octobre à fin novembre
Zone 3 — Méditerranéen (PACA, Occitanie, Corse) : début octobre à mi-novembre
Zone 4 — Montagne (Alpes, Massif Central, Vosges) : fin septembre à fin octobre
En zone 2 (la mienne), je préfère planter fin octobre. Plus on attend, plus le sol devient humide et difficile à travailler. Sur une terre argileuse, ça colle vraiment, la plantation devient laborieuse et on risque de mal placer les gousses. Si vous pouvez, ne traînez pas.
Comment préparer le sol avant de planter ?#
L'ail a besoin d'un sol meuble et bien drainé. C'est là que se joue une bonne partie des résultats. Sur une terre compacte, les bulbes peinent à se développer : il y a une sorte d'asphyxie au niveau du bulbe, qui pousse contre la résistance du sol plutôt que de s'élargir librement.
Compost en surface, sans tout retourner#
Je suis assez fan de la technique popularisée par Charles Dowding : ne pas travailler la terre en profondeur, mais apporter du compost en surface. Ce que je fais concrètement : j'étale une couche de compost (du mien ou acheté en déchetterie) directement sur la planche, et je plante dedans. Le compost fait office de paillage léger, il limite la levée des mauvaises herbes et améliore progressivement la structure du sol sans le perturber.
Je ne mélange pas en profondeur. En revanche, j'affine quand même la terre sur les 5 premiers centimètres avant de planter : ça facilite l'insertion des gousses et le contact avec le sol. Un coup de griffe suffit, pas besoin de bêcher.
Quoi apporter comme engrais ?#
En complément du compost, j'ajoute deux types d'apports :
- Un engrais légumes au moment de la plantation pour couvrir les besoins immédiats (azote pour le démarrage, phosphore pour l'enracinement)
- Du fumier de cheval séché comme apport de fond : il se décompose lentement et sera disponible pour la plante en fin de cycle, quand le bulbe grossit vraiment
L'ail apprécie particulièrement le potassium pour le développement du bulbe. Si vous avez de la cendre de bois, c'est une bonne source de potasse naturelle. Dose raisonnable : un pot de yaourt par mètre carré, pas plus. Au-delà, vous montez le pH du sol, ce qui peut poser d'autres problèmes.
Planter sur des billons si votre sol est humide#
Si votre terrain a tendance à rester humide en fin d'hiver et début de printemps, envisagez de planter sur des billons : de petites buttes de 10 à 15 cm de hauteur, avec les gousses posées en crête. L'excès d'eau ruisselle dans les creux entre les billons, les racines bénéficient de l'humidité sans que le bulbe baigne dedans.
C'est la technique que je vais tester cette année, après avoir eu plusieurs épisodes de pourriture blanche sur des plantations en sol plat. Si votre sol est naturellement bien drainé, pas besoin d'y penser.
Quelle gousse choisir pour planter ?#
Ne garder que les gousses externes#
On ne plante que les gousses externes, celles de la périphérie de la tête. Les gousses internes, petites, souvent aplaties et blanchâtres, donneront des plants chétifs avec de petits bulbes. Je les écarte systématiquement.
Astuce
Séparez vos gousses chez vous, avant d'aller au jardin. Faire ça directement sur la planche, c'est du temps perdu. Prenez cinq minutes à la maison pour éclater vos têtes et ne garder que les gousses à planter.
Que faire des petites gousses du centre ?#
Il m'arrive de ne pas les jeter. Je les plante très serrées dans un coin de la planche, je les laisse monter en feuillage, et je coupe les tiges quand elles font entre 10 et 20 cm. Je les utilise comme de la cive dans les salades. L'arôme est plus doux que de l'ail frais, c'est assez agréable. Ce n'est pas une technique de production, juste une façon de ne rien gâcher.
On voit parfois recommander d'associer l'ail avec des salades pour optimiser l'espace. En théorie, c'est logique. En pratique, je ne le fais pas : les feuilles d'une laitue, ça retient l'humidité autour du collet de l'ail, et ça, sur un terrain qui a déjà tendance à être humide, c'est une invitation aux maladies fongiques. Peut-être que ça marche très bien chez vous si votre sol est bien drainé, je ne dis pas que c'est une mauvaise pratique en général. Mais ce n'est pas ce que je recommande dans mon contexte.
Variétés : mon choix et pourquoi#
Je plante principalement de l'ail rose parce que c'est ce que je préfère gustativement. Le 'Rose de Lautrec' (AOP, cultivé dans le Tarn) est celui que je cultive le plus. Le 'Germidour', violet d'automne, est aussi excellent et plus facile à trouver. J'ai testé le 'Paradour' avec de bons résultats. Et le 'Thermidrome', que je réserve au printemps si j'ai besoin de rattraper une plantation ratée.
Attention
N'utilisez pas l'ail du supermarché pour planter. Il est souvent traité pour freiner la germination et les variétés ne sont pas adaptées à la culture. Achetez vos plants chez un semencier sérieux ou dans une jardinerie de confiance, ou gardez vos plus belles têtes de la récolte précédente.
Comment planter : profondeur, espacement, orientation ?#
Fiche technique
Je plante la pointe vers le haut parce que ça aide la levée. Cela dit, même plantée à l'envers, une gousse finit généralement par trouver son chemin. C'est juste plus efficace dans le bon sens.
Quels problèmes peut-on rencontrer ?#
L'enherbement : le vrai point d'attention#
L'ail ne supporte pas la concurrence des mauvaises herbes. Si la planche n'est pas entretenue, le rendement chute sérieusement. Le compost de surface aide à limiter la levée des adventices, mais un passage de désherbage en janvier-février reste souvent nécessaire selon les années.
La pourriture blanche#
La pourriture blanche (Sclerotium cepivorum) est un champignon qui s'attaque aux alliacées (ail, oignon, poireau). Elle se développe au niveau du collet des plants sur les sols qui retiennent trop l'eau : les feuilles jaunissent, la base du plant se couvre d'un mycélium blanc cotonneux. Le champignon produit des sclérotes, de minuscules structures de survie rondes et noires, qui lui permettent de passer l'hiver et de rester viables dans le sol pendant 15 à 20 ans. Autrement dit : une fois présent, il est extrêmement difficile à éliminer.
La prévention passe par le drainage (billons si besoin), une rotation longue des cultures (ne pas replanter d'alliacées au même endroit avant 4 à 5 ans minimum), et éviter les excès d'azote qui favorisent une végétation trop dense et humide.
La rouille de juin#
La rouille (Puccinia allii) apparaît généralement en juin, sous forme de pustules orangées sur les feuilles. Je n'ai pas trouvé de traitement efficace une fois qu'elle est installée. La meilleure stratégie : planter suffisamment tôt pour que le bulbe soit bien formé avant que la rouille n'arrive. J'ai essayé le saupoudrage d'algues marines sur les feuilles en préventif pour renforcer les défenses naturelles de la plante. J'ai l'impression que ça aide un peu, mais je n'ai pas fait de comparatif sérieux. Sans doute un jour.
Plantez à l'automne, de préférence fin octobre pour ne pas subir les sols détrempés. Un sol meuble, enrichi en compost, avec les plus belles gousses externes de vos têtes. Surveillez l'enherbement dès le printemps. Si votre terrain est humide, testez les billons.